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IFS vs thérapie classique : quelle approche pour vos souffrances ?

Comparez les méthodes pour choisir ce qui vous convient vraiment.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

Vous êtes là, à tourner en rond depuis des mois. Vous avez déjà consulté un psychologue, peut-être même deux. Vous avez rempli des questionnaires, parlé de votre enfance, tenté d’appliquer des conseils pratiques pour « penser positif ». Et pourtant, cette voix intérieure qui vous critique, cette angoisse qui revient sans prévenir, ce sentiment de ne pas être à la hauteur… ils sont toujours là. Vous vous demandez si le problème vient de vous, si vous n’êtes pas « fais » pour la thérapie, ou si vous n’avez simplement pas trouvé la bonne approche.

Je vois ça souvent dans mon cabinet à Saintes. Des personnes intelligentes, actives, qui ont déjà fait un travail sur elles, mais qui butent sur un plafond de verre. Elles ont compris pourquoi elles souffrent, mais elles n’arrivent pas à changer la façon dont elles se sentent au quotidien. C’est là que la question de la méthode devient cruciale. Aujourd’hui, je veux vous aider à y voir plus clair entre deux mondes : la thérapie dite « classique » (celle que vous imaginez peut-être) et l’IFS (Internal Family Systems), une approche plus récente que j’utilise quotidiennement.

L’objectif n’est pas de dire que l’une est supérieure à l’autre. C’est de vous donner les clés pour comprendre ce qui pourrait vraiment faire écho à votre fonctionnement. Parce que choisir une approche thérapeutique, c’est un peu comme choisir une paire de chaussures pour une randonnée : si elles ne sont pas adaptées à votre pied et au terrain, vous n’irez pas loin, même avec les meilleures intentions du monde.

Qu’est-ce que la thérapie « classique » cherche vraiment à faire ?

Quand on parle de thérapie classique, on englobe souvent plusieurs courants : les thérapies cognitivo-comportementales (TCC), la psychanalyse, la thérapie systémique, ou encore l’approche humaniste de Carl Rogers. Ce qui les rassemble, c’est une idée centrale : il y a un problème à résoudre, un symptôme à réduire, ou une histoire à comprendre.

Prenons un exemple concret. Je reçois Paul, 42 ans, cadre commercial. Il vient me voir parce qu’il a des crises d’angoisse avant chaque réunion importante. Son cœur s’emballe, il a des sueurs, une boule dans la gorge. Dans une approche classique (disons une TCC), on va travailler sur le lien entre ses pensées automatiques (« Je vais me planter », « Ils vont voir que je suis un imposteur ») et ses sensations physiques. On va lui apprendre des techniques de respiration, de relaxation, et le confronter progressivement à ses peurs (exposition). C’est efficace, concret, et ça peut marcher vite.

Dans une approche plus psychanalytique, on creuserait l’origine de cette peur du jugement. On parlerait de son père exigeant, de son besoin constant de reconnaissance. Le but serait de rendre conscient l’inconscient, de comprendre le scénario répétitif.

Dans les deux cas, le thérapeute est un expert qui observe, analyse et propose des outils. Il est extérieur au système de la personne. Il aide à restructurer, à interpréter, à guérir. La métaphore qui me vient, c’est celle du mécanicien : vous amenez votre voiture (votre psy), il ouvre le capot, identifie la pièce défectueuse, et vous dit comment la réparer ou la changer.

Cette approche a des forces immenses. Elle est validée scientifiquement pour de nombreux troubles (dépression, phobies, TOC). Elle donne des repères, un cadre, des résultats mesurables. Mais elle a aussi une limite : elle part du principe qu’il y a quelque chose qui ne va pas chez vous, et qu’il faut le corriger. Et parfois, cette idée renforce la partie de vous qui se sent déjà « cassée » ou « anormale ».

« Le problème avec la thérapie classique, ce n’est pas ce qu’elle apporte, c’est ce qu’elle oublie : que chaque symptôme est aussi une partie de vous qui essaie de vous protéger. »

L’IFS : et si vos souffrances n’étaient pas des ennemis mais des protecteurs ?

L’IFS, ou Internal Family Systems, part d’un postulat radicalement différent. Inventé par Richard Schwartz dans les années 80, ce modèle considère que votre esprit n’est pas un bloc monolithique, mais une famille interne composée de plusieurs « parties ». Ces parties ont toutes une intention positive, même celles qui vous font souffrir.

Reprenons l’exemple de Paul et ses crises d’angoisse. En IFS, on ne dirait pas : « Paul a un trouble anxieux ». On dirait plutôt : « Il y a une partie anxieuse en Paul qui s’active avant les réunions. » Cette partie, on va l’appeler « l’Anxieuse ». Elle n’est pas un symptôme à éliminer, mais une entité à part entière, avec ses propres croyances, émotions et souvenirs.

Quand on dialogue avec elle (via une technique de recentrage et de questionnement), on découvre souvent qu’elle est terrifiée à l’idée que Paul soit humilié, rejeté, ou qu’il perde son travail. Elle s’active parce qu’elle croit (à tort ou à raison) qu’en le faisant paniquer, elle le prépare au pire, ou qu’elle le pousse à être parfait pour éviter la critique. Cette partie est un protecteur. Elle n’est pas mauvaise ; elle est même hyper-vigilante. Mais elle utilise des méthodes extrêmes qui gâchent la vie de Paul.

Sous ce protecteur, il y a souvent une partie plus jeune, vulnérable, qu’on appelle une exilée. C’est l’enfant intérieur qui a vécu une blessure (une humiliation, un abandon, une injustice) et qui porte encore la charge émotionnelle de ce moment. L’Anxieuse se démène pour que personne n’entre en contact avec cette exilée, car sa douleur est trop intense.

Le travail en IFS n’est pas de faire taire l’Anxieuse, mais de l’aider à lâcher son rôle extrême. On va lui montrer qu’on peut prendre soin de l’exilée d’une autre manière. Et pour ça, on a besoin d’une ressource naturelle que chacun possède : le Self. Le Self, c’est votre essence, votre centre calme, curieux, compatissant. En IFS, on ne « répare » pas le patient ; on l’aide à accéder à son Self pour qu’il guérisse lui-même ses parties.

La différence est fondamentale. En thérapie classique, le thérapeute est le guérisseur. En IFS, vous êtes votre propre guérisseur. Le thérapeute est un guide, un facilitateur qui vous montre comment entrer en relation avec vos parties.

Comment ces deux approches traitent-elles la résistance au changement ?

C’est là que le bât blesse souvent. Vous avez déjà essayé de changer. Vous vous êtes dit : « Je vais arrêter de stresser », « Je vais être plus confiant », « Je vais lâcher prise ». Et ça n’a pas marché. Pourquoi ? Parce qu’une partie de vous résiste.

En thérapie classique, cette résistance est souvent vue comme un obstacle à contourner ou à interpréter. Le psy pourrait dire : « Vous n’êtes pas prêt », « Vous avez des bénéfices secondaires à rester dans votre problème », ou « Votre inconscient s’oppose au changement ». C’est une lecture verticale : le thérapeute sait, vous ne savez pas encore.

En IFS, la résistance est accueillie avec respect. On ne la combat pas. On dit : « Il y a une partie de vous qui ne veut pas changer. Est-ce qu’on peut lui parler ? » Et on découvre que cette partie a d’excellentes raisons. Par exemple, la partie de Paul qui « veut » ses crises d’angoisse (paradoxalement) pourrait être convaincue que si elle arrête de le faire paniquer, Paul va devenir arrogant, ou qu’il va se faire virer. Cette partie pense le protéger d’un danger réel, même si ce danger est une croyance du passé.

En thérapie classique, on vous donne des outils pour gérer vos symptômes (respiration, pensées alternatives). C’est la raison qui parle à la raison. En IFS, on va à la racine : on parle à la partie émotionnelle, à celle qui a été formée dans l’enfance, et qui ne répond pas aux arguments logiques. Vous pouvez dire à l’Anxieuse de Paul : « Mais regarde, tu vois bien que tout se passe bien, tu n’as pas besoin de t’inquiéter. » Elle va vous répondre : « Tu ne comprends pas. La dernière fois que j’ai lâché la garde, on a souffert. »

« On ne peut pas raisonner une partie qui a été créée par une émotion. On ne peut que l’écouter, la comprendre, et lui montrer une nouvelle voie, pas avec des mots, mais avec une présence. »

Pour qui l’IFS est-elle vraiment faite ? (Et pour qui pas ?)

Je vais être honnête avec vous. L’IFS n’est pas une baguette magique. Elle ne convient pas à tout le monde, ni à tous les moments de la vie. Voici comment je vois les choses dans ma pratique.

L’IFS brille particulièrement quand :

  • Vous avez déjà fait un travail d’introspection classique, mais vous tournez en rond. Vous comprenez vos schémas, mais vous ne les sentez pas changer dans votre corps.
  • Vous êtes en conflit avec vous-même : une partie veut avancer, une autre vous sabote. Vous sentez des « voix » intérieures contradictoires (le critique, le perfectionniste, l’évitant).
  • Vous avez des traumatismes complexes, des blessures d’attachement, ou une histoire familiale lourde. L’IFS permet de contacter l’enfant blessé sans se submerger.
  • Vous êtes sensible et vous avez besoin d’une approche qui ne vous « pathologise » pas. L’idée que toutes vos parties ont une bonne intention est profondément apaisante.
  • Vous cherchez une autonomie réelle. En IFS, vous apprenez à faire le travail vous-même, entre les séances, et même après la fin de la thérapie.

L’IFS est moins adaptée (ou doit être combinée) quand :

  • Vous êtes en situation de crise aiguë (dépression sévère, idées suicidaires, psychose). Dans ces cas, un cadre médical et des approches plus structurantes (TCC, médicaments) sont prioritaires pour stabiliser la personne.
  • Vous cherchez une solution rapide et très concrète à un problème précis (phobie des araignées, insomnie légère). Une TCC bien menée peut être plus directe.
  • Vous n’êtes pas à l’aise avec l’introspection émotionnelle. L’IFS demande de regarder à l’intérieur, ce qui peut être déstabilisant si vous êtes très « dans le faire » ou dans le contrôle.
  • Vous attendez du thérapeute qu’il soit un expert qui vous donne des solutions. En IFS, le pouvoir est entre vos mains, et certaines personnes trouvent cela frustrant au début.

La thérapie classique (disons une TCC ou une approche psychodynamique) reste excellente pour :

  • Les troubles anxieux spécifiques (phobies, TOC, panique).
  • Les dépressions légères à modérées, surtout si vous avez besoin de repères concrets.
  • Les personnes qui ont besoin d’un cadre très structuré et d’un suivi « pas à pas ».
  • Les situations où le symptôme est isolé et n’est pas lié à un trauma profond.

Ce que j’observe dans mon cabinet, c’est que beaucoup de personnes commencent par une thérapie classique, et arrivent ensuite à l’IFS quand elles butent sur un mur. Parfois, je combine les deux : on utilise des outils de TCC pour gérer une crise (par exemple, une technique de respiration), et on fait de l’IFS pour comprendre la partie qui a besoin de cette crise.

Comment choisir ? Trois questions à vous poser maintenant

Alors, comment savoir ce qui est le mieux pour vous ? Voici trois questions que je pose à mes clients lors du premier entretien. Prenez un papier, ou réfléchissez-y sincèrement.

Question 1 : Quelle est votre relation avec vos émotions difficiles ?

  • Si vous les voyez comme des ennemis à combattre, des symptômes à éliminer, la thérapie classique vous rassurera. Vous chercherez un allié pour les vaincre.
  • Si vous sentez que ces émotions ont une histoire, une voix, et que vous êtes curieux de les comprendre plutôt que de les chasser, l’IFS vous parlera. Vous chercherez un guide pour les écouter.

Question 2 : Quel type de changement recherchez-vous ?

  • Un changement de comportement rapide ? (Moins stresser en réunion, arrêter de ronger vos ongles, mieux dormir). La TCC est votre amie.
  • Un changement de relation à vous-même ? (Arrêter de vous juger, vous sentir entier, apaiser un sentiment de vide intérieur). L’IFS est taillée pour ça.

Question 3 : Comment vous situez-vous par rapport à l’autorité du thérapeute ?

  • Vous préférez qu’on vous dise quoi faire, qu’on vous donne des exercices, qu’on soit un expert ? La thérapie classique, surtout dans sa version directive, vous conviendra.
  • Vous voulez être acteur de votre processus, découvrir vos propres ressources, et avoir un thérapeute qui vous fait confiance et vous suit ? L’IFS vous offrira cette dynamique.

Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse. L’important, c’est l’honnêteté. J’ai vu des personnes très cartésiennes adorer l’IFS parce qu’elles ont enfin trouvé un modèle qui donne une structure à leur chaos intérieur. J’ai vu des personnes très spirituelles préférer les TCC parce qu’elles avaient besoin de concret pour sortir d’une crise.

Ce que l’IFS ne fait pas (et pourquoi c’est important à savoir)

Je veux être clair, parce que je vois parfois des articles qui vendent l’IFS comme une solution miracle. Ce n’est pas le cas.

L’IFS ne remplace pas un diagnostic médical. Si vous avez un trouble bipolaire, une schizophrénie ou une dépression sévère, l’IFS peut être un complément merveilleux, mais il ne remplace pas un suivi psychiatrique et un traitement médicamenteux. Je travaille souvent en lien avec des médecins.

L’IFS ne vous promet pas une vie sans souffrance. Il vous promet une vie où vous souffrez moins, et où vous accueillez la souffrance avec plus de présence. Certaines parties ne disparaissent jamais ; elles apprennent juste à lâcher leur rôle extrême. L’Anxieuse de Paul ne va pas s’éteindre, mais elle va peut-être se contenter de lui tapoter l’épaule au lieu de lui hurler dans l’oreille.

L’IFS n’est pas une thérapie de « tout va bien, tout est parfait ». Certains détracteurs disent que l’IFS évite la confrontation. C’est faux. On confronte les parties, mais avec compassion. On ne les juge pas, on ne les exile pas, on ne les ignore pas. On les écoute, et on leur demande de faire un pas de côté. Parfois, c’est plus confrontant que de dire « Tu dois arrêter de stresser », parce que ça vous oblige à regarder votre propre violence intérieure en face.

L’IFS ne fonctionne pas si vous n’êtes pas prêt à vous engager. C’est un travail. Il demande de la pratique, de la patience, et une certaine tolérance à l’incertitude. Vous n’allez pas guérir en deux séances. Mais les changements, quand ils arrivent, sont souvent profonds et durables.

Conclusion : une invitation à écouter ce qui souffre en vous

Je ne sais pas où vous en êtes dans votre cheminement. Peut-être que vous lisez cet article parce que vous êtes à un carrefour, fatigué de porter ce poids intérieur. Peut-être que vous avez déjà essayé des approches classiques et que vous cherchez autre chose. Peut-être que vous êtes simplement curieux.

Ce que je peux vous dire, c’est que la méthode importe moins que la relation que vous allez établir avec vous-même. Que vous choisissiez une thérapie classique ou l’IFS, l’essentiel est que vous vous sentiez en sécurité, écouté, et respecté dans votre rythme.

Si ce que j’ai décrit de l’IFS résonne en vous – cette idée que vos angoisses, votre critique intérieur, votre procrastination sont peut-être des alliés maladroits plutôt que des ennemis – alors je vous invite à faire un petit geste maintenant.

Prenez une respiration.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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