PsychologieIfs Therapie

Pourquoi l'IFS est doux même pour les traumatismes profonds

Explorez pourquoi cette approche respecte votre rythme de guérison.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

Il est 14h30 un mardi. Dans mon cabinet, un homme d’une quarantaine d’années, que j’appellerai Laurent, s’enfonce dans le fauteuil. Il me dit qu’il n’en peut plus de ces flashs, de cette boule dans le ventre qui revient dès qu’il croise une certaine personne dans la rue. Il a déjà tenté des thérapies plus « directes », où on lui demandait de décrire l’événement en détail, de le revivre. Résultat ? Il se sentait encore plus mal après. « Je ne veux pas rouvrir la plaie à vif », m’a-t-il dit. Je l’ai rassuré : avec l’IFS (Internal Family Systems), on ne rouvre pas la plaie. On s’assoit à côté d’elle, on écoute la partie qui la protège, et on la remercie d’avoir gardé le corps en vie. C’est une approche qui ne force pas la guérison, elle l’invite. Et c’est précisément pourquoi elle est si puissante, même pour les traumatismes les plus profonds.

Quand on pense « traumatisme », on imagine souvent un protocole lourd, des larmes, de la confrontation. Mais l’IFS part d’un postulat radicalement différent : en toi, il n’y a pas de partie « cassée » ou « mauvaise ». Il y a des parties qui ont fait ce qu’elles pouvaient pour te protéger, parfois avec des stratégies qui te paraissent aujourd’hui excessives ou handicapantes. Ces parties ne sont pas tes ennemies. Elles sont comme des gardiens fatigués, qui montent la garde depuis des années sans relâche. L’IFS ne cherche pas à les faire taire ou à les chasser. Il cherche à entrer en dialogue avec elles, à comprendre leur histoire, et à leur offrir un soulagement qu’elles n’ont jamais eu.

Dans cet article, je vais te montrer pourquoi cette approche est douce, même quand on touche au cœur de la souffrance. Je vais te parler de mécanismes concrets, de ce qui se passe dans ton cerveau, et de comment l’IFS respecte ton rythme de guérison sans jamais te brusquer. Et je te promets une chose : tu n’auras pas à revivre l’horreur pour t’en libérer.

Qu’est-ce qui rend un traumatisme « profond » ?

Avant de comprendre pourquoi l’IFS est douce, il faut comprendre ce qu’on appelle un traumatisme profond. Ce n’est pas juste un « mauvais souvenir ». C’est une empreinte laissée dans ton système nerveux. Quand un événement dépasse ta capacité à le digérer, ton cerveau le stocke différemment. Il le met dans une case à part, avec des émotions, des sensations corporelles et des croyances qui restent figées dans le temps.

Prenons un exemple. Sophie, une autre personne que j’accompagne, a vécu une relation toxique pendant des années. Aujourd’hui, elle est en sécurité, mais dès qu’un collègue hausse le ton, son cœur s’emballe, sa gorge se serre, et elle se sent redevenir une petite fille impuissante. Son traumatisme n’est pas « dans le passé » : il est actif dans son présent. Et ce qui le rend profond, c’est qu’il est encapsulé dans une partie d’elle-même qui croit encore que le danger est là.

Les approches classiques, comme l’exposition prolongée ou la thérapie par le récit, te demandent souvent de plonger dans cette partie. De revivre l’événement en détail, de le décrire, de le ressentir. Pour certaines personnes, ça marche. Mais pour beaucoup, ça réactive la détresse sans offrir de contenant. C’est comme rouvrir une plaie sans avoir de quoi la refermer. Résultat ? La partie traumatisée se sent encore plus en danger, et elle renforce ses défenses. Tu te retrouves avec plus d’anxiété, plus d’évitement, et une sensation d’avoir « échoué » à guérir.

L’IFS, elle, propose une autre voie. Elle ne te demande pas d’aller dans la partie traumatisée. Elle te demande d’aller vers la partie qui protège la partie traumatisée. Et c’est là que la douceur commence.

Pourquoi l’IFS ne te force jamais à revivre le trauma

La clé de l’IFS, c’est le concept de « parties ». Chaque être humain est composé de multiples parties : une partie qui veut tout contrôler, une partie qui veut fuir, une partie qui cherche à plaire, une partie qui se referme comme une huître. Ces parties ne sont pas des pathologies, ce sont des stratégies de survie. Et quand un traumatisme survient, certaines parties prennent le pouvoir pour te protéger.

Imagine que tu as une partie « pompier » (c’est le terme utilisé en IFS). Son boulot, c’est d’éteindre le feu à tout prix. Si la partie traumatisée se réveille, le pompier va sortir le lance-flammes : addiction, boulimie, hyperactivité, colère explosive, dissociation. Tout pour ne pas sentir la douleur. Les thérapies classiques peuvent attaquer ce pompier : « Arrête de boire », « Calme-toi », « Pourquoi tu te comportes comme ça ? ». Mais le pompier ne se laisse pas désarmer facilement, parce qu’il croit sincèrement qu’il te sauve la vie.

L’IFS fait le contraire. Elle accueille le pompier. Elle lui dit : « Merci d’avoir gardé la maison. Tu as fait un boulot incroyable. Maintenant, j’aimerais comprendre ce que tu protèges. » Et là, une chose magique se produit : la partie protectrice se détend. Elle n’a plus besoin de hurler pour être entendue. Elle peut baisser la garde, ne serait-ce qu’un centimètre.

C’est là que tu peux commencer à approcher la partie traumatisée, mais à ton rythme. Tu n’as pas à la regarder en face tout de suite. Tu peux d’abord l’observer de loin, sentir sa présence, lui envoyer de la compassion. L’IFS appelle ça « être en Self ». Le Self, c’est cette partie de toi qui est calme, curieuse, confiante, compatissante. Elle est toujours là, même au milieu du chaos. Et c’est depuis cet espace que tu peux entrer en relation avec tes parties, sans être submergé.

Un exemple concret. J’ai accompagné Marc, un sportif de haut niveau, qui avait vécu un accident grave pendant une compétition. Il ne pouvait plus courir sans ressentir une panique incontrôlable. Les thérapeutes précédents lui disaient de revivre l’accident en imagination. Il a refusé. Avec l’IFS, on a d’abord rencontré la partie « contrôle » qui le poussait à tout planifier, à ne jamais lâcher prise. Cette partie avait peur que s’il se détendait, l’accident se reproduise. On l’a remerciée, on lui a montré qu’elle n’était plus seule. Petit à petit, la partie traumatisée a pu montrer son visage, non pas comme une vague dévastatrice, mais comme une sensation de froid dans la poitrine. On a pu la tenir, lui parler, la réconforter. Marc n’a jamais revécu l’accident. Il a juste appris à être présent avec la partie qui le portait.

Le système nerveux n’est pas un interrupteur, c’est un dial

Pour comprendre pourquoi l’IFS est douce, il faut aussi parler de ton système nerveux. Le traumatisme profond le maintient souvent dans un état d’hypervigilance ou de gel. Tu es en mode survi, prêt à fuir ou à te figer au moindre signal. Les approches qui te confrontent directement au trauma peuvent envoyer un signal de danger à ton cerveau : « Attention, on revit la même chose ! » Résultat, ton système nerveux s’emballe, tu passes en mode panique, et tu n’es plus en capacité d’apprendre ou d’intégrer quoi que ce soit.

L’IFS respecte ce mécanisme. Elle ne force pas la porte. Elle s’approche doucement, en restant dans une fenêtre de tolérance. La fenêtre de tolérance, c’est cette zone où tu peux ressentir une émotion sans être submergé, où tu peux penser clairement, où tu restes connecté à toi-même. L’IFS t’apprend à élargir cette fenêtre, millimètre par millimètre, en travaillant d’abord avec les parties qui la rétrécissent.

Prenons un cas classique : une personne qui a subi des violences dans l’enfance. La partie traumatisée est souvent très jeune, peut-être 3 ou 4 ans. Si tu essaies de la faire parler directement, elle peut se cacher ou crier. L’IFS va d’abord s’adresser aux protecteurs : la partie qui t’empêche de pleurer, celle qui te pousse à être parfait, celle qui te fait éviter les relations intimes. On va les écouter, les comprendre, les soulager. Et une fois qu’elles se sentent en sécurité, la partie jeune peut se montrer, non pas pour revivre l’horreur, mais pour recevoir ce qu’elle n’a jamais eu : une présence aimante.

« L’IFS ne te demande pas de revivre le pire moment de ta vie. Elle te demande de devenir le parent que tu aurais aimé avoir à ce moment-là. »

Je me souviens d’une cliente, Anne, qui avait un souvenir très flou d’une agression à l’adolescence. Elle ne se rappelait presque rien, mais son corps réagissait avec des spasmes dès qu’elle voyait une certaine couleur de voiture. On n’a jamais cherché à reconstituer le souvenir. On a juste accueilli la partie corporelle, cette tension dans sa nuque, et on lui a demandé ce dont elle avait besoin. La réponse a été simple : « Je veux qu’on me tienne la main. » On a fait ça, en imagination, pendant plusieurs séances. Aujourd’hui, Anne peut croiser cette voiture sans avoir de réaction. Le souvenir n’est pas effacé, mais il n’a plus de pouvoir.

Comment l’IFS transforme la relation avec tes parties les plus sombres

Un des grands principes de l’IFS, c’est qu’il n’y a pas de partie « mauvaise ». Même les parties qui te font du mal, celles qui te poussent à l’automutilation, à la toxicomanie, à l’isolement total, ont une intention positive. Je sais, ça peut être difficile à entendre. Mais pose-toi une seconde : à quoi sert une addiction ? À ne pas sentir une douleur insupportable. À quoi sert l’isolement ? À ne pas prendre le risque d’être rejeté. Ces parties ne sont pas tes ennemies, ce sont des gardiens désespérés.

L’IFS t’invite à entrer en relation avec elles, non pas pour les combattre, mais pour les apprivoiser. C’est un processus en plusieurs étapes, et tu peux rester sur chaque étape aussi longtemps que nécessaire.

D’abord, tu vois la partie. Tu la localises dans ton corps, tu lui donnes une forme, une couleur, un âge. Ensuite, tu l’écoutes sans jugement. Tu lui demandes : « Qu’est-ce que tu crains qu’il se passe si tu ne fais pas ton travail ? » Et là, tu découvres souvent une peur archaïque : « Si je ne te pousse pas à être parfait, tu seras rejeté et tu mourras de solitude. » Ensuite, tu ressens sa fatigue. Tu réalises qu’elle travaille sans relâche depuis des années. Et tu commences à lui offrir de la compassion.

Cette approche est douce parce qu’elle ne te demande jamais de te débarrasser d’une partie. Tu n’as pas à la « guérir » ou à la « transformer ». Tu as juste à l’accueillir dans ton cœur. Et c’est souvent là que la transformation opère. La partie se sent vue, entendue, aimée. Elle n’a plus besoin de jouer son rôle avec autant d’intensité. Elle peut se détendre.

J’ai travaillé avec un homme, Paul, qui avait une partie « juge intérieur » extrêmement sévère. Elle le critiquait en permanence : « Tu es nul, tu ne fais rien de bien, tu mérites d’échouer. » On aurait pu essayer de la faire taire, de la combattre avec des affirmations positives. Ça n’aurait pas marché. Au lieu de ça, on est allé vers elle. On a découvert qu’elle était née quand Paul avait 8 ans, après un divorce douloureux. Son père lui avait dit : « Sois fort, ne pleure pas. » La partie juge avait interprété ça comme : « Si tu montres tes faiblesses, tu seras abandonné. » Alors elle le critiquait pour le rendre parfait, pour le protéger de l’abandon. Quand Paul a compris ça, il n’a plus eu besoin de la combattre. Il a pu lui dire : « Merci d’avoir essayé de me protéger. Maintenant, je suis adulte, je peux gérer ça. » La partie s’est adoucie. Elle n’a pas disparu, mais elle est devenue une alliée, pas un tyran.

Le rythme de guérison est le tien, pas celui d’un protocole

Voilà peut-être le point le plus important. L’IFS n’a pas de calendrier. Elle n’a pas de « séance 3 : on aborde le trauma ». Le rythme est dicté par tes parties, pas par un protocole. Si une partie n’est pas prête à parler, on n’avance pas. On reste avec elle, on lui tient compagnie, on la respecte.

C’est radicalement différent de beaucoup d’approches qui te poussent à « aller mieux » dans un certain nombre de séances. Cette pression, même bienveillante, peut être vécue comme une violence par tes parties les plus fragiles. Elles se disent : « On nous force encore à faire quelque chose qu’on ne veut pas. » Et elles se referment.

En IFS, on ne force jamais. On invite. Et l’invitation, elle vient toujours de toi. Tu es aux commandes. Tu peux dire : « Stop, je ne veux pas aller plus loin aujourd’hui. » Et on s’arrête. On peut même passer plusieurs séances à juste respirer avec une partie, sans rien lui demander. Cette lenteur est thérapeutique en elle-même. Elle envoie un message puissant à ton système nerveux : « Tu es en sécurité. Tu n’as pas à te presser. Tu peux te détendre. »

Je pense à une patiente, Claire, qui avait des antécédents de violences sexuelles. Pendant les six premières séances, on n’a quasiment parlé que de sa partie « contrôle » qui voulait tout organiser, tout planifier, y compris la thérapie. On a passé du temps à la rassurer, à lui montrer qu’elle n’était pas obligée de lâcher prise. Petit à petit, cette partie a accepté de faire un pas de côté. Ce n’est qu’à la septième séance qu’une autre partie a pu émerger, avec une grande tristesse. Et encore, on n’a pas touché aux souvenirs. On a juste pleuré ensemble. C’était suffisant.

Cette approche est douce, mais elle n’est pas molle. Elle demande une présence, une attention, une patience. Et elle porte ses fruits, souvent de manière durable, parce qu’elle ne court-circuite pas les défenses, elle les respecte.

« Ce qui fait la puissance de l’IFS, ce n’est pas sa rapidité, c’est sa profondeur. On ne gratte pas la surface, on creuse un puits jusqu’à l’eau vive. »

Ce que l’IFS ne fait pas (et pourquoi c’est une force)

Pour finir, je veux être honnête. L’IFS n’est pas une baguette magique. Elle ne va pas effacer tes souvenirs ni te rendre « insensible » à la douleur. Elle ne va pas non plus remplacer un suivi médical ou psychiatrique si tu as besoin de médicaments. Et elle ne convient pas à tout le monde, surtout si tu es en pleine crise aiguë et que tu n’as pas la capacité de te tourner vers l’intérieur.

Mais ce qu’elle fait, c’est transformer la relation que tu entretiens avec ta souffrance. Au lieu d’être en guerre avec toi-même, tu deviens un espace d’accueil. Au lieu de fuir tes émotions, tu apprends à les reconnaître comme des messagères. Au lieu de te définir par ton traumatisme, tu découvres que tu es bien plus large que lui.

L’IFS ne te demande pas de guérir vite. Elle te demande de gu

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

Prendre contact

Cet article vous a parlé ?

Parlons-en — premier échange, sans engagement.

Premier échange gratuit