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Self vs Ego : quelle différence en thérapie IFS ?

Comprenez pourquoi le Self n’est pas votre ego habituel.

TSThierry Sudan
25 avril 202612 min de lecture

Tu t’es déjà demandé pourquoi, malgré des années de thérapie ou de développement personnel, certaines réactions te semblent toujours aussi automatiques, presque “plus fortes que toi” ?

Je vois ça souvent dans mon cabinet à Saintes. Des personnes brillantes, lucides, qui ont déjà beaucoup travaillé sur elles, mais qui butent sur un même obstacle : elles confondent leur capacité d’auto-analyse… avec leur vrai Self.

Prenons un exemple. J’ai récemment accompagné un coureur de fond, préparateur mental pour un marathon. Il venait me voir parce qu’il “savait” qu’il devait gérer son stress avant les compétitions. Il avait lu des livres sur la visualisation, la respiration, la cohérence cardiaque. Il avait même un discours intérieur très positif. “Je suis capable”, “Je suis fort”, “Je contrôle mes émotions”. Pourtant, le jour J, son corps le trahissait : nœud à l’estomac, jambes lourdes, performance en deçà de ses entraînements.

Ce qu’il ne voyait pas, c’est que ce “je” qui parlait si bien n’était pas son Self. C’était son ego. Un ego très bien formé, très compétent, mais qui le maintenait dans une illusion de contrôle.

En thérapie IFS (Internal Family Systems), cette distinction est centrale. Et pourtant, elle est souvent mal comprise. Beaucoup de mes patients arrivent en pensant que le Self est juste une version améliorée de leur personnalité, une sorte de “moi idéal” à atteindre. C’est une erreur.

Aujourd’hui, je veux t’aider à voir clair. Pas avec des concepts flous, mais avec des exemples concrets, ceux que je vois chaque jour. Et surtout, je vais te montrer pourquoi ton ego, aussi utile soit-il, peut être le plus grand obstacle à une vraie guérison.

Alors, si tu es prêt à arrêter de te battre contre toi-même, pose-toi cinq minutes. On va démêler tout ça.

1. Pourquoi confondre Self et Ego bloque ta guérison ?

La première chose que j’entends souvent en séance, c’est : “Mais Thierry, si je suis mon Self, je vais devenir passif, non ? Je vais perdre mon ambition ?”

Cette peur est légitime. Parce qu’on a appris que notre “moi” est cette voix intérieure qui nous pousse, nous critique, nous motive, nous protège. On croit que sans cette voix, on serait un légume.

Mais en IFS, on ne parle pas de supprimer l’ego. On parle de le reconnaître pour ce qu’il est : un système de protection, pas notre essence.

Prenons un cas. Une patiente, cadre dans une grande entreprise, venait pour des crises d’angoisse récurrentes. Elle était perfectionniste, exigeante, et se décrivait comme “sa pire ennemie”. Elle disait : “Mon ego me pousse à être parfaite, sinon je ne vaux rien. Sans ça, je serais nulle.”

Son ego (ce qu’on appelle une “partie” en IFS) était un manager hyperactif. Il la poussait, la contrôlait, la critiquait. Et elle s’identifiait totalement à lui. Elle pensait que c’était “elle”. Le problème, c’est que cette partie, aussi efficace soit-elle au travail, la vidait de son énergie et provoquait des angoisses.

Le Self, lui, n’est pas un manager. Il n’a pas besoin de pousser, de contrôler, de critiquer. Il est une présence calme, curieuse, compatissante. Quand on accède au Self, on ne devient pas passif, on devient choisi. On n’agit plus sous la pression d’une partie, on agit depuis une clarté intérieure.

Blockquote : “Le Self n’est pas un nouveau manager. Il est l’espace dans lequel toutes tes parties peuvent enfin être entendues, sans qu’aucune ne prenne le contrôle.”

Si tu confonds les deux, tu vas essayer de “devenir” ton Self en utilisant les outils de l’ego : la volonté, la discipline, la maîtrise. Mais ça ne marche pas. Le Self n’est pas un objectif à atteindre, c’est une qualité déjà présente que tu peux reconnecter.

2. Comment reconnaître ton ego protecteur (et arrêter de le confondre avec toi)

L’ego, en IFS, n’est pas un concept péjoratif. Ce n’est pas “le méchant”. C’est simplement un ensemble de parties qui se sont développées pour te protéger, souvent depuis l’enfance.

Voici comment tu peux le repérer dans ton quotidien :

  • La voix critique intérieure : Celle qui te dit “t’es nul”, “tu devrais faire mieux”, “les autres sont meilleurs”. Beaucoup pensent que c’est “leur conscience”. En IFS, c’est souvent une partie protectrice, parfois appelée “critique intérieur”. Elle a été formée pour t’empêcher de faire des erreurs, pour te maintenir en sécurité sociale.
  • La voix qui contrôle : Celle qui planifie tout, qui a besoin de certitudes, qui panique à l’idée de l’imprévu. Elle croit que si elle lâche prise, tout s’effondrera.
  • La voix qui flatte : Oui, l’ego peut aussi être positif. “Je suis le meilleur”, “Je gère tout”, “Je n’ai besoin de personne”. C’est une protection contre la vulnérabilité.

Un exemple concret. Un footballeur que j’accompagne en préparation mentale avait un discours très affirmé avant les matchs : “Je suis fort, je domine, j’ai confiance.” Mais en réalité, c’était une protection contre une peur immense de l’échec. Son ego (une partie “sur-confiance”) le protégeait de l’anxiété. Mais cette protection le coupait de son authenticité. Il ne pouvait pas ressentir sa peur, donc il ne pouvait pas la traverser.

Le Self, lui, ne parle pas comme ça. Le Self ne dit pas “je suis fort” pour se convaincre. Il dit simplement : “Je suis présent. Je vois ma peur. Je vois ma partie qui veut contrôler. Je leur offre de l’espace.”

Pour distinguer ton ego de ton Self, pose-toi cette question : Est-ce que cette voix est pressée ? Est-ce qu’elle juge ? Est-ce qu’elle veut une solution immédiate ? Si oui, c’est probablement une partie. Le Self est patient. Il n’a pas besoin de prouver quoi que ce soit.

3. Le Self n’est pas un état à atteindre, mais une qualité à incarner

C’est là que beaucoup se trompent. Ils croient que le Self est un sommet à gravir, une version améliorée d’eux-mêmes. Ils essaient donc de “devenir” leur Self en utilisant leur volonté.

Mais le Self est déjà là. Il est présent sous toutes tes parties. Le travail n’est pas de le construire, mais de déblayer ce qui le cache.

Imagine un ciel bleu. Les nuages (tes parties, ton ego) passent. Parfois, ils cachent complètement le ciel. Mais le ciel, lui, est toujours là. Tu n’as pas à “fabriquer” du ciel bleu. Tu as juste à observer les nuages sans t’y identifier.

Le Self a des qualités spécifiques, que Richard Schwartz (le fondateur de l’IFS) a résumées par l’acronyme PACE (en anglais) ou CALME en français : Curiosité, Amour, Légèreté, Mental apaisé, Écoute.

Quand tu es en Self, tu ressens :

  • Curiosité : Tu veux comprendre tes parties sans les juger. “Ah, tiens, cette colère arrive. Qu’est-ce qu’elle essaie de me dire ?”
  • Amour/Compassion : Tu ressens de la tendresse pour tes parties, même celles qui t’embêtent. Tu vois leur souffrance.
  • Légèreté (ou humour) : Tu peux sourire de tes schémas. Tu ne les prends plus au sérieux.
  • Mental apaisé : Tu n’es plus dans la lutte. Tu observes, sans devoir réagir.
  • Écoute : Tu es présent à ce qui est, sans vouloir changer les choses.

Tu vois la différence avec l’ego ? L’ego est souvent dans l’effort, la comparaison, le jugement, l’urgence. Le Self est dans l’être, l’accueil, la confiance.

Blockquote : “Le Self n’est pas un objectif à atteindre, c’est un espace à retrouver. Tu n’as pas à devenir qui tu es, juste à cesser de faire semblant d’être autre chose.”

4. L’IFS, ou comment apprendre à distinguer la voix du Self de celle des parties

Le cœur de l’IFS, c’est cette pratique de discrimination. On apprend à repérer quand une partie (l’ego) parle, et à revenir au Self.

Prenons une situation récente avec un patient, entrepreneur. Il venait pour des insomnies liées au stress. En séance, il dit : “Je me sens nul, mon entreprise va couler, je ne suis pas à la hauteur.”

Avant l’IFS, il aurait essayé de se raisonner : “Non, tu n’es pas nul, tu as des résultats”, etc. Mais ça ne marche pas longtemps, car la partie qui dit “tu es nul” est juste une voix.

En IFS, on fait autre chose. On lui demande : “Est-ce que tu peux tourner ton attention vers cette voix qui te dit que tu es nul ? Où la sens-tu dans ton corps ? Quelle émotion est là ?”

Il identifie une boule dans le ventre, une sensation de froid. On ne lutte pas contre. On l’invite à être curieux : “Si cette partie pouvait parler, que dirait-elle ?”

Là, il découvre une partie très jeune, qui a peur de décevoir son père. Cette partie s’est activée pour le protéger de l’échec, en le poussant à être parfait. Mais elle utilise la critique comme moteur.

Quand il entre en contact avec cette partie depuis son Self (curiosité, compassion), il ne se sent plus “nul”. Il ressent de la tendresse pour ce petit garçon en lui. Il peut lui dire : “Je te vois. Tu as eu peur. Merci d’avoir essayé de me protéger. Mais maintenant, je suis là. Tu peux te reposer.”

C’est ça, le travail. Apprendre à ne plus être identifié à la voix critique, mais à être celui qui écoute. L’ego est la voix. Le Self est l’écoute.

5. Ce que le Self n’est pas : les illusions à éviter

Pour bien comprendre, il faut aussi voir ce que le Self n’est pas. J’entends souvent des confusions.

  • Le Self n’est pas le “vrai soi” opposé au “faux soi” : Non, toutes tes parties sont “toi”. Elles ont toutes une raison d’être. Le Self n’est pas un soi “vrai” qui remplacerait un soi “faux”. C’est plutôt l’orchestre, et tes parties sont les musiciens. L’orchestre n’est pas meilleur que les musiciens. Il leur permet de jouer en harmonie.
  • Le Self n’est pas un état de béatitude permanent : Même après des années de pratique, tu auras encore des parties qui s’activent. La différence, c’est que tu les reconnais plus vite et que tu ne t’y identifies plus. Tu peux être en Self et ressentir de la colère, mais c’est une colère choisie, non réactive.
  • Le Self n’est pas une technique de contrôle : Certains essaient d’utiliser le Self pour faire taire leurs émotions désagréables. “Je vais être en Self, donc je ne vais plus avoir peur.” Non. Le Self n’élimine pas les émotions. Il crée un espace pour les accueillir, ce qui les transforme.
  • Le Self n’est pas le résultat d’un effort : Plus tu essaies d’être en Self, moins tu y es. C’est paradoxal. Le Self se révèle quand tu lâches la tentative de contrôle. C’est une grâce, pas une performance.

Un patient m’a dit un jour : “Quand j’essaie d’être en Self, je me sens encore plus en lutte.” Exactement. C’est le piège. L’ego peut imiter le Self. Il peut faire semblant d’être calme, curieux, mais il y a toujours une tension. Le vrai Self, lui, est sans effort.

6. Comment commencer à expérimenter la différence dès aujourd’hui

Tu n’as pas besoin d’attendre une séance pour faire ce travail. Voici un petit exercice que tu peux faire maintenant, chez toi.

  1. Identifie une situation récurrente : Une chose qui te fait réagir (colère, tristesse, anxiété). Par exemple, quand ton conjoint te fait une remarque, ou quand tu rates un objectif.
  2. Observe la voix qui parle : Que te dit-elle ? “Je suis nul”, “Je n’y arriverai jamais”, “C’est de sa faute”. Note-la.
  3. Pose-toi cette question : “Si cette voix était une personne dans une pièce, à quoi ressemblerait-elle ?” (âge, expression, posture). Cela t’aide à la voir comme une partie, pas comme toi.
  4. Demande-lui ce qu’elle veut : Pas avec agacement, mais avec curiosité. “Qu’essaies-tu de faire pour moi ?” Souvent, la réponse est surprenante : “Je veux te protéger”, “Je veux que tu sois aimé”.
  5. Ressens l’espace autour : Une fois que tu as entendu cette partie, porte ton attention sur la sensation de présence qui écoute. Ce n’est pas une voix, c’est une conscience. C’est ça, le Self. Tu n’as pas besoin de le créer. Il est déjà là.

Tu verras, au début, c’est subtil. On a tellement l’habitude d’être identifié à nos parties qu’on ne sait plus qui écoute. Mais avec la pratique, tu vas sentir une différence de qualité : l’ego est dense, lourd, pressé. Le Self est léger, ouvert, patient.

Conclusion : une invitation à cesser de lutter contre toi-même

J’espère que cet article t’aide à voir plus clair. La confusion entre Self et ego est l’un des plus grands obstacles que je rencontre. Parce qu’elle nous pousse à nous battre contre nous-mêmes, en pensant que nous devons “devenir meilleurs”.

En réalité, le chemin est inverse. Il s’agit de reconnaître ce qui est déjà là, et de faire de la place à tout ce qui est en nous, sans rejeter aucune partie. L’ego n’est pas l’ennemi. Il est juste un protecteur fatigué, qui a besoin d’être entendu, pas d’être combattu.

Si tu te reconnais dans ce parcours, si tu sens que tu passes trop de temps à lutter contre tes pensées ou tes émotions, sache que tu n’es pas seul. C’est un chemin que j’accompagne chaque jour, que ce soit en thérapie individuelle ou en préparation mentale pour les sportifs.

Alors, si tu veux aller plus loin, je t’invite à une chose simple : prends un moment dans les prochains jours pour essayer l’exercice que je viens de décrire. Pas pour “réussir”, juste pour observer. Et si tu sens que tu as besoin d’un cadre pour explorer tout ça, n’hésite pas à me contacter.

Je suis Thierry Sudan, installé à Saintes, et je reçois en cabinet ou en visio. On peut prendre le temps de démêler tout ça ensemble, sans pression. Parce que la guérison, ce n’est pas une performance. C’est un retour à la maison.

Prends soin de toi.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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